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Service sanitaire : l’AP-HM pionnière en Éducation à la santé sexuelle

Le rôle fondamental de la prévention dans le domaine de la santé est de plus en plus admis et reconnu. En témoigne notamment la mise en place cette année, par le gouvernement, d’un service sanitaire obligatoire pour les étudiants en santé. Il s’agira d’intégrer dès la rentrée 2018 au cursus de formation des étudiants en médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique, kinésithérapie et soins infirmiers, un module de 3 mois dédié à des actions de promotion de la santé auprès du grand public. Une démarche qui, pour la santé sexuelle, existe déjà à Marseille depuis plus de 10 ans grâce à l’initiative et l’engagement d’une poignée de professionnels de l’AP-HM !

Limiter les conduites à risques en favorisant l’enseignement par les pairs


Tout a commencé en 2007 : le Dr Marie-Christine Manca-Pellissier, généticienne à la Timone Enfants mais aussi parent d’élèves, part du constat d’un défaut d’éducation à la sexualité dans les collèges et lycées, pourtant prévue dans les programmes officiels. L’augmentation régulière du taux d’IVG chez les mineures depuis le milieu des années 1990 par exemple, atteste d’un réel besoin de sensibilisation pour prévenir les conduites à risques. Elle se rapproche alors du Pr Florence Bretelle qui exerce au sein du service de gynécologie obstétrique de l’hôpital Nord. Avec le Dr Raha Shojaï, gynécologue obstétricien, elles imaginent un projet novateur basé sur l’éducation par les pairs : organiser des interventions d’étudiants en médecine au sein des classes. Rapidement, un partenariat est noué entre la Faculté de médecine dont le doyen était le Pr Jean-François Pellissier, l’Education Nationale représentée par Joëlle Durant et le Planning Familial.

Intervenir auprès des adolescents sur ce type de sujets est toutefois un exercice périlleux. Ne pas avoir la bonne approche, les bons outils, peut contribuer à renforcer les tabous en déclenchant des réactions de honte ou d’hostilité de la part des élèves. Une unité d’enseignement libre est donc créée au début pour les 2 èmes et 3 èmes années des étudiants en médecine à la Faculté de Marseille, sous la direction du Pr Bretelle. Cette formation est destinée à des étudiants volontaires. Les premières années, le programme se développera sans financement. Le Conseil Départemental a soutenu la partie évaluation du programme en 2008. Puis il y a 4 ans Sophie Mariotti est recrutée par Aix-Marseille Université grâce à un financement de la Région. Un certificat en éducation à la santé sexuelle ouvert à tous est créé en 2010 au sein d’Aix-Marseille Université.

En 2018, le projet prend une ampleur régionale avec un financement mixte de l’ARS et de la région. Sophie Mariotti devient coordinatrice régionale du module « Education à la santé ».

« Ce qui m’a le plus frappée lors de cette formation c’est notre difficulté à parler en termes simples et non médicaux, en effet au bout de 5 ans de médecine on nous force à utiliser un langage médical. Faire la démarche inverse, vulgariser le côté scientifique pour le rendre accessible est un exercice très intéressant » témoigne Sarah, étudiante.  

Rapidement les étudiants sages-femmes et pharmaciens ont rejoint le module. Les internes en gynécologie obstétrique, gynécologie médicale et médecine générale participent activement au programme depuis son début en 2007. Les externes en 5ème année de médecine en stage dans les services de gynécologie obstétrique du Pr Boubli et du Pr D’Ercole sont également intégrés dans le programme.

Aujourd’hui c’est plus de 260 étudiants qui vont chaque année, par binômes ou trinômes, à la rencontre d’environ 5000 jeunes dans une trentaine d’établissements partenaires. « Avant nous démarchions nous-mêmes les établissements scolaires. Maintenant ce sont eux qui viennent vers nous » explique le Pr Bretelle. Le module à l’origine optionnel est en passe de devenir Unité d’Enseignement obligatoire non seulement en médecine mais aussi dans d’autres filières telles que la pharmacie, la maïeutique, l’odontologie ou encore la masso-kinésithérapie.  

« Il est impératif que les jeunes soient suffisamment sensibilisés pour ne pas faire d’imprudences, parfois irréversibles. Aux urgences gynécologiques, on voit très rapidement les conséquences directes des rapports à risques : IST, grossesses non désirées… souvent simplement dues à un manque d’information. La prévention est donc un élément essentiel et cette expérience m’a donné envie de poursuivre dans cette voie avec un diplôme complémentaire en sexologie pendant mon Internat » (Kelli, étudiante en 5ème année de médecine).

On le voit, les bénéfices sont multiples tant pour les jeunes sensibilisés que pour les étudiants qui, provenant de différentes filières, apprennent aussi à travailler ensemble.
 

Le projet étendu à Nice !

Depuis 2017, l’Association Réseau de périnatalité PACA-CORSE-MONACO, représentée par le Pr Bretelle en sa qualité de présidente du Réseau Méditerranée, porte le projet grâce au financement de l’ARS. Un développement est prévu à Nice dès le mois de septembre avec la création d’une unité d’enseignement et d’un Diplôme Universitaire. Nul doute qu’avec la mise en place du service sanitaire cette initiative va encore prendre de l’ampleur.